Que ce soit durant un concert, lors d'une émission ou parfois masqué entre les notes dans un morceau affiché comme étant original, la reprise fait partie de l'œuvre musicale en général. A une époque où les départements de recherche multiplient les dépôts de brevet, où la propriété intellectuelle est devenue l'un des enjeux des marchés culturels, où les droits d'une œuvre sont devenus plus importants que cette dernière faisant ainsi écho à sa dématérialisation progressive et irrémédiable, n'est-il pas étrange que la reprise musicale soit omniprésente dans le paysage sonore aujourd'hui ?

Bon disons le de suite, je ne prendrais pas position sur la question de la gestion des droits inhérents à l'exploitation d'une partition ou d'un texte. D'une part parce que parler d'argent ce n'est jamais vraiment marrant encore moins quand ce n'est pas le sien, et aussi parce qu'en soit c'est simple : plus y a de gens plus on partage le gâteau. Mais bon va-t-on se plaindre de reprendre une part (bien que plus petite) alors qu'on est déjà repu de la première fournée ?

Houla je m'égare, reprenons le cours des choses. Il est amusant de constater que la position d'un artiste vis à vis de la reprise permet d'identifier la phase de sa carrière.

  1. Les débuts : marcher dans les pas des maîtres. Il est rare qu'un artiste (génie mis à part mais bon même Mozart s'est prêté à cet exercice donc pas de honte) ne commence sa vie musicale en interprétant ses compositions. Soyons réalistes les premiers mots d'un enfant sont bien souvent ceux qu'il a entendu autour de lui et qu'il s'efforce de répéter tant bien que mal.

    Comment quoi ?? Taxi :)

    Et les artistes aussi talentueux et créatifs soient ils n'échappent généralement pas à cette règle. Ainsi au début on joue ces morceaux qu'on a si longtemps écouté et fredonné sous la douche.
  2. Le tribute : hommage ou adoubement. L'artiste est rodé, le temps est venu des premières scènes. Et la encore la reprise n'est pas loin :
    • Certains, Amy McDonald [Caledonia] affichent clairement leur admiration et leur influence musicale (au dela de la longue liste que certains citent pour étaler leur culture).
    • D'autres, Puff Daddy [I'll be missing you], retravaillent un tube déja existant pour qu'il colle à leur style. Pour anecdote Sting, interprète original, a ensuite poussé la chansonnette en compagnie du rappeur comme pour signifier qu'il reconnaissait la nouvelle version comme œuvre à part entière.
    • Enfin d'autres (pas les mêmes), Worlds Apart [Je te donne], achètent les droits, embauchent 4 BG et mettent tout le reste du budget dans un clip hypra tendance avec des chemises qui changent de couleur.
  3. La reconnaissance : pairs et éternels. Il est à noter que tous les artistes et morceaux n'arrivent pas jusqu'à cette ultime étape. La vie c'est comme un disque, c'est cyclique, ainsi parlait Eddie un mec dont j'ai oublié le nom dans Empire Records pour sensibiliser le jeune à la musique. A la manière d'un vinyle, certains artistes ont l'occasion de fermer la boucle et de passer à la postérité en se faisant à leur tour reprendre. Cela peut être par des jeunes talents (et on repart pour un tour) ou par leurs pairs auquel cas le duo s'impose si les deux sont toujours vivants.

C'est ainsi que je vois cette valse en 3 temps que se livrent depuis toujours les artistes et qui j'espère durera aussi longtemps.